La citation du jour

"Le monde ne sera jamais bon, mais si nous cessons de nous battre pour qu'il le soit, il sera pire encore"

Markus Imhoof (cinéaste suisse - La barque est pleine)
 
Je dois faire un choix. Et j’ai choisi Renens Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
01-11-2007

Je dois faire un choix. Et j’ai choisi Renens

Lors d’une interview réalisée par un camarade pour la Fourmi rouge en avril 2006, pendant les élections à la syndicature à Renens, j’avais été interrogée sur le risque de surcharge du double mandat de conseillère nationale et de syndique. J’avais répondu ceci: « La principale chose que j’ai envie de dire, c’est que Renens sera très clairement ma priorité. Si je sens qu’il y a trop, je ferai des choix. …. Il faut pouvoir, dans une telle fonction, rester vivant ».

Je ne savais pas que ce choix interviendrait si vite, et dans des circonstances si difficiles.

J’ai donc décidé, après une dure semaine de réflexion, de renoncer à mon mandat de conseillère nationale, justement parce qu’ « il y a trop, et pour rester vivante ».

Ce choix est le mien, le mien uniquement. Ce n’est pas celui d’un parti, ni celui de mon vienne-ensuite. Je n’ai eu aucune pression dans ce sens de quiconque, bien au contraire.

Ce choix est difficile, car il faut affronter la déception de celles et ceux qui ont voté pour moi, qui m’ont fait confiance.

Mais j’ai dû choisir. Pour moi, tout simplement. Parce que parfois dans la vie, les choses ne se passent pas comme vous le prévoyez. Et que la nouvelle donne du dimanche soir m’a atteinte de plein fouet. Nous étions 3 à Berne, nous avons mis toutes nos forces pour être plus nombreux. Et voilà que je m’y retrouvais seule de mon parti, seule à assumer cette responsabilité, comme membre d’un petit parti, sans aide, en plus de ma fonction de syndique de Renens. C’était, d’un coup, lourd, trop lourd.

J’ai exercé pendant 4 ans mon mandat de conseillère nationale avec plaisir. Depuis juillet 2006 néanmoins, c’est devenu plus difficile parce que je l’exerce en parallèle avec ma charge de syndique de Renens. En théorie une charge à 80%. En réalité, je l’évaluerais à 120%. (les Municipaux travaillent eux en théorie à 40%, mais parlent tous d’une charge avoisinant les 70%).

Renens est une ville en pleine expansion, dans laquelle les projets foisonnent. Notre administration aussi est en expansion, encore pas à la taille des changements en cours à Renens et dans l’Ouest lausannois. Dans cette « accélération » des projets, nous sommes encore tous « le dos collé au siège », et la charge de travail est énorme et n’est pas prête de baisser.

J’ai donc choisi Renens. J’aurais dû, pu, bien sûr, évaluer avant de me représenter la charge de travail, et les limites que j’atteignais. En même temps, le contexte politique impliquait de se battre, le mieux possible, pour garder les 2 sièges du POP vaudois à Berne. Ce que nous avons tenté de faire, ce que j’ai tenté de faire au mieux.

Le recul du POP et l’avance de l’UDC, à Renens comme ailleurs, l’impuissance ressentie durant cette campagne électorale à convaincre par des discours et des débats la part de l’électorat populaire qui s’est laissé séduire par l’UDC me font également privilégier ce choix de réserver mes forces pour le travail sur le terrain à Renens, pour faire avancer des projets concrets, pour être présente ici.

Cette nécessité de choisir, cette surcharge, m’est apparue brutalement dimanche soir. Je l’ai exprimée à mes camarades de parti. Je suis la première et la seule à avoir évoqué une démission. Malheureusement avec des oreilles de journaliste à proximité. Et je n’ai pu, lundi matin, freiner les journalistes qui m’ont interrogée à ce sujet.

J’ai fait cette campagne électorale avec Josef Zisyadis, sans rivalité aucune. Nous avons les deux réunis le triple des voix du troisième qui est sur la liste du POP. 775 voix nous séparent, 3% de nos électeurs. Nombreux me disent n’avoir voté que pour moi, et justement pas pour lui. Ce qui est sûr, c’est qu’ils sont aussi nombreux – le même nombre – 775), à n’avoir voté que pour Josef Zisyadis. Le fait que Josef est le suivant sur la liste est bien sûr à la base aussi de l’intérêt des médias pour nos 2 personnes, intérêt que nous aurions préféré voir avant les élections…

Josef Zisyadis reprendra ce mandat, et je l’en remercie, tout simplement. Il n’a et n’aura lui non plus pas la tâche facile. Le fait qu’il soit prêt à le faire m’a aidé à renoncer à tout porter, à tout assumer. Dans la défaite, il faut aussi serrer les rangs. M’imaginer courant et croûlant sous ce double mandat et lui en recherche d’emploi avait quelque chose d’absurde qui a joué un rôle dans ma décision, même si ce n’est et de loin pas le rôle principal.

Ma semaine de réflexion m’a confirmée ma première réaction, et la « petite voix intérieure » qui m’aide à décider a été nette, plus forte que toutes les pressions et que tout le tohu bohu médiatique, celui de cette semaine et celui de la semaine à venir. Bien sûr, j’aurais préféré décider plus tranquillement les mois qui suivent, hors de cette pression des médias. Mais celle-ci m’oblige justement à choisir maintenant.

Je comprends les réactions de celles et ceux qui se sentent trompés, trahis, mots forts que j’ai lus et entendus et que je sais devoir entendre encore ces jours. Je ne peux que dire que je suis désolée, leur dire aussi que les femmes et les hommes politiques ne sont pas des machines, que je ne suis pas une machine, mais un être humain, avec mes limites et mes faiblesses d’humain.

Il me paraît tout simplement plus honnête justement vis-à-vis des électrices et électeurs de dire maintenant ce qui est ma réalité. Rester, dire que je reste, pour partir dans 3 ou 6 mois, cela n’a pas de sens. C’est cela qui serait malhonnête, c’est cela qui serait un coup arrangé, prémédité.

Quelques mots pour conclure sur les femmes et la politique. Au nom du féminisme, beaucoup me conjurent de rester, de « ne pas céder ma place à un homme ». Je n’ai jamais conçu la lutte féministe comme cela, même si globalement, bien sûr que le pourcentage de femmes élues signifie un progrès dans la cause des femmes. Mais je pense que les femmes doivent aussi faire de la politique à leur façon, parler vrai, ne pas privilégier la carrière, le poste prestigieux, mais préférer mettre les mains à la pâte ou dans le cambouis !

Je souhaite que ceux qui parlent de féminisme entendent juste ce que je dis. Qu’ils cessent de parler à ma place, comme ils l’ont fait pour la candidature au Conseil d’Etat. Il n’y a pas de sacrifice, il y a un choix à la fois douloureux et serein, un choix qui est juste le mien, le seul que je peux vraiment faire maintenant.

J’aimerais dire aussi spécialement aux femmes qui sont déçues, que nous avons besoin de tout le monde, de toutes les forces en politique. Que c’est des fois trop lourd pour une seule personne, et que plus nous sommes, plus nous pourrons, les femmes aussi, être parfois imparfaites ou faillibles…Et que nous serons donc plus nombreuses en politique, moins exigeantes envers nous-mêmes.

Renens, le 31 octobre 2007

Marianne Huguenin

 
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