C’était le titre d’un article du Temps de ce mois d’août dans sa série “les guerres des dieux”, article relatant l’Inquisition et la longue montée de l’intolérance contre les juifs en Espagne, en 1492. D’abord les Juifs étaient forcés à se convertir. Puis, cela n’a pas suffi : les convertis sont devenus suspects… traîtres en puissance au yeux des grands inquisiteurs. On s’est donc mis à rechercher l’origine des gens : il fallait prouver ne pas être juifs jusqu’à deux, trois, puis quatre générations pour montrer patte blanche.
En Suisse, la droite nationaliste “exigeait” des étrangers qu’ils se naturalisent comme seul moyen de prouver leur intégration et leur volonté de rompre avec leur ancien pays. Maintenant, ça ne suffit plus : M. Blocher, conseiller fédéral, distingue très clairement deux sortes de Suisses, les “purs”, et les autres. Dans un interview du Matin (25 août), il livre sa vision des délinquants, parmi lesquels il voit essentiellement deux catégories : les étrangers et “les faux Suisses qui sont quand même étrangers dessous” …. “Et quand c’est un Suisse, le peuple se demande tout de suite : ” Mais depuis combien d’année il est en Suisse ? “. On constate alors souvent que l’auteur du délit est issu de l’immigration”.
Ben voyons ! Le peuple a bon dos… c’est lui, Christophe Blocher et ses semblables qui nous livre le fond de sa pensée raciste, qui voit derrière chaque délinquant un étranger, qui ne veut pas voir les Suisses délinquants (le meurtrier de Corinne Rey-Bellet, celui de la petite Ylenia étaient Suisses, Suisses allemands… personne heureusement n’en tire la généralité que ceux -ci sont des criminels pervers… ) Mais le plus grave, dans ce genre d’affirmation, c’est de commencerà se demander depuis quand les gens sont naturalisés… Se naturaliser ne suffit plus pour montrer patte blanche à Blocher et à ses sbires… On entend déjà l’UDC demander si la personne naturalisée est née là ou pas, si ses parents sont venus d’ailleurs, peut-être ses grands-parents ? ses arrières grands-parents ?
… le début de la décadence !
Cette recherche de pureté du sang, cette nationalité fondée sur le droit du sang fait partie de la vision du monde des racistes. C’est celle de Blocher, qu’il évoque crûment dans le même article : “On ne veut pas que des personnes qui ne soient pas de notre terre nous donnent des règles”. La recherche de la pureté du sang a marqué le début du déclin et de la décadence de l’Espagne, dans le sang et l’exil forcé des juifs. Les Blocher et autres marquent aussi une Suisse en déclin et décadente, qui vit dans la peur de l’autre, qui n’a pas confiance en elle et en sa faculté d’intégration, qui se définit constamment contre les autres par qui elle se sent menacée.
A nous de leur montrer cet automne que nous sommes, ensemble avec celles et ceux qui ont choisi de vivre ici, une Suisse tout à la fois ouverte et plus forte.


