La citation du jour
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"Le monde ne sera jamais bon, mais si nous cessons de nous battre pour qu'il
le soit, il sera pire encore" Markus Imhoof (cinéaste suisse - La barque est pleine) |
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| 15-09-2007 | |
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Article dans le magazine "Fémina", janvier 2006
Marianne Huguenin, La pasionaria des petites gens Elle a quitté son cabinet de médecin pour faire de la politique à plein temps. Conseillère nationale à Berne et municipale de Renens, cette popiste généreuse éprouve face aux injustices de fortes montées d’adrénaline. Les plus fortes têtes de ce pays ont souvent des racines du côté des Montagnes neuchâteloises. Marianne Huguenin est justement née au Locle, berceau de l’horlogerie, d’un père industriel et d’une mère professeure de lettres. Alors que son père défendait la valeur sociale de la création d’entreprise, sa mère l’emmenait, fillette, dans les manifs à Berne pour le droit de vote des femmes. Les étoiles du zodiaque l’auraient en outre gratifiée, le jour de sa naissance printanière, d’une paire de cornes propres à intimider le plus fier des toréadors. Marianne Huguenin est une battante, une bête de travail aussi. Plutôt terrestre que tête en l’air, elle ne mentionne le signe du Taureau que pour mieux s’en distancier: «J’ai clairement tendance à ne pas lâcher le morceau. J’avance lentement mais sûrement toujours dans la même direction. Or, après vingt ans de pratique, j’ai quitté mon activité de médecin en février, et en juin j’étais déjà tellement immergée dans la politique fédérale que mon cabinet médical me semblait très lointain. Je suis fière d’avoir osé bouger, d’avoir dit: «On verra bien.» C’est toutefois avec beaucoup d’émotion qu’elle a pris congé de ses patients, après avoir passé le relais à une autre doctoresse. A son cabinet de Renens, elle a reçu toutes sortes de personnes, les plus fragiles, les exclus, les chômeurs en fin de droit, les toxicomanes. C’est une constante chez elle: aller vers l’autre. «La médecine offre cette chance incroyable de pouvoir rencontrer des gens de près. Ils sont au fond tout nus devant nous – au propre et au figuré – avec leur histoire. Cela me passionne. En politique aussi, je n’arrête pas de me trouver en présence de personnes nouvelles et différentes. En tant que militante, ou municipale, lorsque je fréquente les sociétés locales, et comme parlementaire, quand je passe du Palais fédéral à un congrès de l’UDC vaudoise.» Restée attachée au Jura neuchâtelois, Marianne Huguenin cite pourtant la place du Marché de Renens comme l’un de ses endroits préférés. Un lieu ouvert où se croisent les maraîchers et les 116 nationalités qu’abrite la banlieue lausannoise. «C’est mon côté sociable qui m’a amenée à manger plus vert en achetant mes légumes au marché, et aussi parce que je trouve qu’une Suisse sans paysans serait triste. Mais la nourriture n’est pas mon premier souci, habituée que je suis à avaler un sandwich entre deux réunions», confie-t-elle. «Une résistance palpable» Ceux qui la fréquentent le reconnaissent: Marianne la sérieuse, l’intellectuelle oublie parfois de rigoler mais se rattrape par son humanité. Une qualité d’écoute et une intelligence unanimement louées, une simplicité d’abord, un sourire et une franchise naturels font dire à son entourage qu’elle est sympathique et ouverte. Son collègue de parti Joseph Zisyadis l’apprécie et souligne avoir souvent besoin d’elle: «Elle prend le temps de peser le pour et le contre, et ne monte pas aux barricades avant l’heure.» Agée de 54 ans, elle s’est engagée auprès du Parti ouvrier populaire (POP) à l’âge de 19 ans, en entrant en politique au Locle, où elle a siégé au Législatif, avant de le faire à Renens, dès 1981, après y avoir élu domicile pour ses études. C’est au Grand Conseil vaudois qu’elle a fait ses preuves comme députée pendant huit ans, tout en assumant un poste de municipale à Renens depuis 1996. En novembre dernier, elle devient la troisième popiste du Conseil national auprès du Vaudois Josef Zisyadis et du Genevois Pierre Vanek. Tous trois déplorent de ne pas pouvoir siéger dans les commissions de la chambre basse, car il faut être 5 du même parti pour cela. Décidément, la bannière POP est plutôt ingrate à porter: toujours minoritaire et à contre-courant. «Ah non, pas toujours! rétorque Marianne Huguenin. On est parfois dans le camp des gagnants, comme le 16 mai dernier, quand le peuple a voté 3 fois non (contre le relèvement de l’âge de la retraite, le paquet fiscal et la hausse de la TVA, ndlr). Les citoyens suisses s’étaient toujours montrés raisonnables, solidaires du gouvernement. Mais les choses changent, la Suisse se polarise. La résistance au courant néolibéral et au démantèlement est désormais palpable», se réjouit la politicienne. Avant de tempérer: «Certes, gagner en votation est rarissime. Mais c’est toujours important de voter car c’est le signal qui compte: il est très différent de perdre pour «Suisse sans armée» avec 35% de voix pour, ou avec 15%, par exemple!» En tant que parlementaire d’extrême gauche, Marianne Huguenin a l’impression de faire avancer les choses. Elle se souvient, au début de sa carrière de députée, d’avoir pu convaincre la droite du Grand Conseil vaudois de la nécessité de sauver un fonds de 5 millions destiné à la prévention dans le domaine de la santé. «On ne crie pas dans le vide. On obtient des résultats. Même si on perd, on fait progresser le débat pour mieux gagner plus tard, comme ce fut le cas pour le droit de vote des femmes.» «Même si on perd en votation, on fait progresser le débat pour gagner plus tard, comme pour le droit de vote des femmes.» Pour y parvenir, elle ne craint pas non plus l’affrontement avec la droite, quitte à en perdre son sang-froid: «Ça m’arrive de m’énerver pour de bon. Parfois, la discussion est animée et après les avoir affrontés à la tribune, je vais boire un café avec mes adversaires. Parfois le débat est plus dur, ou alors très émotionnel, et on sort fâchés, en colère.» Son impression du Conseil national après quelques sessions à Berne? «Des piles de courrier impressionnantes... Le Parlement est une grande machine qui avance, face à laquelle on se sent tout petit, comme devant les éléphants géants du 3e film du Seigneur des Anneaux. Et on essaie de la faire réagir un tant soit peu!» Qu’est-ce qui anime profondément cette pasionaria des petites gens? Un besoin d’aider les autres? L’envie de faire le bien? «Je n’ai pas pour mission de rechercher le bien-être d’autrui ou le bien de la société. Au contraire, je trouverais cela dangereux, car je deviendrais alors dogmatique ou acariâtre. J’ai choisi d’exercer la médecine et de devenir politicienne parce que ce sont des métiers que j’aime, tant il est vrai qu’on ne guérit ni les gens ni la société.» Un tel aveu, lancé sur un ton assuré, montre que Marianne Huguenin n’est pas une gauchiste idéaliste et rêveuse mais une spécialiste des forces politiques en présence. «Ceux qui pensent que le pouvoir appartient aux politiciens se trompent. Le pouvoir est aux mains des milieux économiques. J’ai réalisé cela au début des années 1970, en tant que conseillère communale au Locle. Le chômage commençait et la seule chose qu’on pouvait faire, c’était de déplorer les licenciements. En politique, la seule question de fond, c’est comment se répartir les richesses? Or, on sait que les riches sont de plus en plus riches et les pauvres, de plus en plus nombreux.» La nature pour se ressourcer Depuis toujours, qu’elle milite pour un planning familial créé à Renens ou contre la dictature au Chili, c’est une colère liée à l’injustice qui l’anime, un goût des autres qui peut aller jusqu’à l’oubli de soi. Mais qu’on ne s’y trompe pas, Marianne Huguenin connaît ses ressources et sait les ménager afin de conserver intacte sa capacité de combat. «Ces quinze dernières années, mon activité politique nourrissait ma pratique médicale, et réciproquement, déclare-t-elle, enthousiaste. La cadence était soutenue, mais le passage de la relation personnelle, individuelle au côté abstrait de la politique, et vice-versa, était riche.» Un rythme à deux temps dont les trépidations convenaient bien à cette grande travailleuse. «Evidemment, ajoute-t-elle, cela repoussait à tard dans la soirée le moment où je me retrouvais moi-même, où j’avais le temps d’ouvrir un roman. J’avais parfois l’impression de faire les deux choses à moitié... Mais j’ai toujours pris soin de m’octroyer des week-ends d’évasion.» Célibataire sans enfants, Marianne Huguenin adore la montagne, où elle a acquis un mazot perdu dans la nature. Elle s’y évade seule ou avec des amis. Les relations d’amitié, elle les cultive aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du sérail politique, et savoure le mélange. Lorsqu’on lui demande si, côté cœur, il y a quelqu’un, elle répond que les personnes qui ont compté pour elle sont avant tout des femmes, même s’il y a aussi eu des hommes. Un aveu qui la surprend à peine, mais qu’elle assume. «En tant que célibataire préférant les femmes, je fais partie de deux minorités au sein de la population, souligne-t-elle. En ce qui concerne les enfants, je suis heureuse d’avoir hébergé chez moi pendant plusieurs étés deux petits Algériens de l’association Feu et Joie. Cette expérience très riche m’a permis de ne pas être complètement nulle face à mes patientes, mères de petits enfants, et de mesurer l’ampleur des responsabilités que portent les parents et en particulier les mères dans notre société. J’ai ainsi cessé de dire à des copines qui ont plusieurs enfants: «Quelle chance, tu vas pouvoir faire plein de choses pendant ton congé maternité!» Anne Bussy 8 points clés: 1er mai 1950 Naissance au Locle. 1969 Elle entre au POP et au Conseil général du Locle. 1981 Elle siège au Conseil communal de Renens. 1987 à 2004 Elle fait ses études de médecine à Lausanne et devient médecin généraliste à Renens. 1990-1998 Elle est députée au Grand Conseil vaudois. 1996 Elle intègre le Conseil communal de Renens. Depuis 1996 Elle est municipale des Affaires sociales à Renens. Novembre 2003 Elle devient conseillère nationale. |


